sentiersdumonde

Notre premier rêve de 6000

A peine revenus à Arequipa de notre trek de trois jours dans le Canyon de Colca et bien mis en jambe pour quelque chose de plus gros, nous réservons un guide de montagne, afin de tenter l’ascension du Chachani (6075 m), tout proche de la ville. Le guide nous dit que d’après le trek que nous venons de réaliser, nous sommes capables de faire le sommet en 7 heures de montée et 4 heures de descente.
Nous montons donc le lendemain matin en voiture, pour 3 heures de trajet. Nous avons deux compagnons de voyage : Raz l’israélien et Alisha la canadienne. Le premier jour est tranquille: Une heure de marche pour 200 mètres de dénivelé jusqu’au camp de base, situé à 5200 mètres d’altitude alors que le guide avait prévu deux heures. Là haut, les mouvement rapides sont proscrits sous peine de devoir supporter un mal de tête assez lourd et quelques vertiges. Nous montons notre tente non sans mal, mangeons des pates et buvons un thé sous une température correcte et une luminosité hallucinante. Sur le coup de 16h30, le soleil se couche, et en quelques minutes, tout le camp se vide, car c’est l’heure d’essayer d’aller dormir. Nous rentrons alors dans la tente, et c’est le début de la nuit…

La nuit dans la tente est longue, très longue. Évidemment, avec l’altitude, nous avons un grand mal de crâne qui nous empêche de dormir. De plus, nous nous déshydratons à une vitesse impressionnante. Dehors, la température a considérablement baissé. Plus question de sortir sans la panoplie intégrale de l’alpiniste du dimanche. Sous la tente il fait froid. Nous avons beau dormir habillés comme des astronautes (grosses chaussettes, collants, pantalons, tee-shirt, deux polaires, cache cou, bonnet, et drap de soie) dans nos duvets, rien n’y fait. Nous finissons par réunir nos deux duvets, ce qui améliore un peu les choses, sans être non plus un remède miracle.

A 1h30, notre réveil sonne et nous nous préparons et prenons un petit déjeuner. Alisha a été malade à en vomir toute la nuit, et décide de rester au camp. Raz a été lui aussi malade, mais décide de venir quand même. Mais, vu qu’il ne se sent pas très bien, il met du temps à se
préparer. Alors que nous nous sentons motivés comme jamais, nous devons l’attendre dans le froid pendant une bonne demie heure et nous ne partons du camp qu’à 3 heures.

La première montée se fait bien. Raz a du mal, mais pour nous deux, tout roule. Une heure plus tard, nous sortons du couloir dans lequel nous étions, et, vu que nous ne sommes plus à couvert, le vent violent se lève et la température dégringole. Nous rencontrons quelques mètres plus loin une plaque de neige, et nous faisons une pause pour chausser nos crampons. Et là, premier problème : Raz n’a pas réglé ses crampons la veille, du coup, nous attendons une demie heure dans le froid que le guide les lui règle. Après cette petite attente, nous repartons.

Nous progressons en dévers sur une pente à 45 degrés constituée de mélange de neige et de glace. Nous nous apercevons que si l’un d’entre nous fait une erreur avec ses crampons, il pourrait finir en bas de la montagne. Or nous n’avons pas de piolet, nous ne sommes pas
encordés et nous n’avons aucune expérience en cramponnage. De plus, notre guide avance bien vite et nous avons du mal à le suivre. Quelques minutes plus tard, Raz perd un de ses crampons. Le guide l’aide a les remettre et nous attendons 10 minutes à flanc de pente glacée. Une fois repartis, nous avançons encore 10 minutes, et l’opération se répète : Raz reperd ses crampons. Alors que nous sortons la bouteille pour boire un peu, nous nous apercevons que toutes nos réserves d’eau sont gelées.

Nous commençons peu à peu à perdre patience. Notre guide, certes très sympathique, semble manquer de compétences en encadrement, et nous a fourni du matériel de mauvaise qualité. Après quelques autres problèmes de crampons, nous arrivons au niveau d’une vire en glace que nous franchissons en nous tenant à une corde équipée en fixe. Il est 7h et le jour se lève. Le guide nous dit que nous sommes à 5400 mètres et qu’il nous reste encore 5 heures pour atteindre le sommet. Nous avons donc mis 4 heures pour faire un trajet qui aurait du en faire deux. Nous sommes alors très fatigués. Fatigués par les longues attentes qui nous ont passablement refroidi, fatigués par la déshydratation, car nous n’avons pas bu depuis un moment et fatigués par la nuit pourrie que nous avons passé. Nous décidons, à regret, de faire demi tour et de laisser le guide et Raz partir pour le sommet. Il semble que ça ne pose pas de problèmes au guide de nous laisser partir seuls.

Le retour est difficile. Le chemin sur la pente de glace est légèrement remontant. D’ordinaire, cela ne poserait pas de problèmes, mais à cette altitude, les données sont faussées. Tous les 10 mètres, nous nous effondrons car nous n’avons plus de souffle et nous sommes complètement déshydratés. Le moindre pas demande un gros effort. Nous mettons une heure à sortir de la glace et faisons une pause, allongés sous le soleil brûlant et aveuglant de 8 heures du matin. Enfin, nous arrivons à la dernière descente. Il nous avait fallu une heure pour monter. Il nous faut 10 minutes pour redescendre. Nous arrivons au camp de base fatigués et nous nous installons dans la tente pour dormir. Nous sommes rejoint quelques heures plus tard par Raz, complètement éclaté et le guide qui sont allés au sommet.

Pour faire un bilan de cette aventure, il faut mettre en lumière le fait que nous nous sommes un peu emballés pour ce sommet. Nous étions attirés par les sirènes du « 6000 le plus facile du monde » selon le guide. En réalité, sur les 15 personnes au camp de base, seules 2 ont atteint
le sommet. Notre guide a été également responsable dans l’histoire. Son manque de compétence en encadrement, le mauvais matériel fourni et sa mauvaise gestion du temps ont été en partie la cause de notre échec.