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Les mines de Potosi

Nous partons le matin avec Xavier, notre guide pour les mines. Xavier est de Potosi mais parle très bien français, ce qui va se révéler très appéciable! Direction la grosse montagne qui borde la ville. Nous nous arrêtons d’abord sur le marché des mineurs dans un petit boui-boui qui vend le nécessaire pour les mineurs. Notre guide nous explique :

– Les mineurs carburent à la coca. Ils en chiquent en permanence, 200 à 300 feuilles en même temps, ce qui leur déforme le visage (genre hamster)

– Ils grignotent en même temps des « cailloux» faits de cendres de racines de quinua, ce qui démultiplie l’effet de la coca

– Ils fument des cigarettes sans filtre, faites de tabac, de coca et d’anis dans du papier de riz

– Ils boivent le « whisky bolivien»(le 1er et dernier vendredi du mois) lors d’une cérémonie particulière; c’est un « alcool potable» de 96°.

– Ils peuvent aussi acheter un bâton de dynamite avec tout ce qui va avec pour 10 bolivianos, c’est-à-dire 1 euro…

On achète un pack afin de le donner aux mineurs que nous croiserons et nous partons nous habiller en mineurs pour attaquer la visite.

Nous pénétrons dans une des nombreuses galeries de la mine. Nous suivons les rails, et rapidement, nous rencontrons quelques mineurs en train de pousser un wagonnet. Leurs joues sont déformées par les centaines de feuilles de coca accumulées dans leur bouche. Le sol est recouvert par des hectolitres d’un liquide foncé qui se révèle être du mercure (bonjour l’environnement).

Les mines sont constituées d’étages espacés de 30 mètres. Seuls les étages médians sont équipés de rails. Aujourd’hui, les mineurs creusent dans la partie inférieure, renvoient le minerais vers la partie supérieure à l’aide d’un gros sac en caoutchouc attaché à un système de contrepoids. Ils jettent ensuite le minerais dans une trémie qui permet de le déverser directement dans le wagonnet. Enfin, les trois mineurs que nous avons vu, poussent le wagon jusqu’à l’extérieur où ils en déversent le contenu dans un espace prévu à cet effet. Dit comme ça, leur travail n’a pas l’air très dur, mais en voyant leurs outils rudimentaires (pelles, pioches et marteaux piqueurs pour les veinards), le nombre d’heures de travail quotidien (8 selon la loi mais plutôt 10-12 en réalité), et les nombreux cristaux d’amiante dans les galeries (que le guide nous défend de toucher), nous comprenons pourquoi le taux de mortalité (1 mort par semaine) est extrêmement élevé ici. Nous voyons aussi des « abris» faits de bois d’eucalyptus qui servent à sécuriser les galeries. Ceux qui ont servis font peur à voir, retenant on-ne-sait-pas-combien de tonnes de pierres éboulées.

Après avoir vu les mineurs au travail, et après leur avoir donné quelques bouteilles d’eau nous pénétrons dans une salle creusée par l’homme qui se révèle être un musée. Ici, nous apprenons toute l’histoire des mines et de la ville de Potosi, jadis une des villes les plus riches du Monde. Nous participons également à un rituel qui consiste à vénérer Tio, la divinité des mines, qui ressemble à s’y méprendre à un diable, créée par les conquistadores afin de pousser les indigènes au boulot en utilisant la peur du divin. Le rituel consiste à lui sacrifier des feuilles de coca, du whisky bolivien et une clope afin d’éloigner le mauvais oeil des mineurs. Tous les mineurs, du plus âgé au plus jeune lui versent un peu d’ « alcool potable» sur les yeux (pour trouver des filons), sur les bras (pour la force), sur le cœur (pour la santé), sur le zizi (pour la production) [le dieu est assez impressionnamment membré], sur la terre (pour la Pachamama), puis ils en boivent une gorgée et attention aux grimaces car ils ne sont pas des lavettes! Ils remettent ça avec les feuilles de coca. Au passage, nous goûtons un peu de cet « alcool potable» qui n’est pas si mauvais, mais qui nettoie bien la tuyauterie et réchauffe méchamment l’atmosphère.

Après l’épisode du musée, nous rejoignons un des étages supérieur de la mines par des passages un peu spéléo. L’altitude (4200 m) se fait bien sentir, car pour monter de quelques mètres, il nous faut reprendre notre souffle plusieurs fois. Après un passage périlleux près d’un puits d’une trentaine de mètres de profondeur, où notre guide nous interdit formellement de tomber, nous rejoignons la sortie et le soleil.

[sstitre]Les mines de Potosi – Histoire et fonctionnement[/sstitre]

Les mines ont été exploitées de manière privée de 1545 à la révolution de 1952, puis sont passées sous contrôle étatique. En 1985, nouveau changement : elles sont désormais gérées par des coopératives. Il en existe aujourd’hui 36. Chacune a un certain nombre d’adhérents (= patrons) qui embauchent des mineurs. Chaque patron se voit attribuer une partie de la montagne à exploiter. Les mineurs sont payés à la journée et à la qualité du minerai extrait. Les mineurs le disent eux-même : ils extraient les déchets laissés par les espagnols. Il y a actuellement dans ce qu’ils extraient 3 à 4 % d’argent, 7 à 8 % de zinc et presque 90 % de déchets. En 1985, 15000 mineurs travaillaient à la mine; aujourd’hui ils ne sont plus que 5000. Nous en avons vu une dizaine. Leur espérance de vie est de 45 à 50 ans et il y a une cinquantaine d’accidents mortels par an…. Notre guide refuse de nous donner les statistiques d’accidents sur les touristes… (En fait pas grand chose : 1 ou 2 qui n’ont pas écouté les conseils du guide et sont tombés dans des trous; mais le risque zéro n’existe pas!)

L’histoire de la montagne de Potosi remonte aux temps des Incas. Ceux-ci la connaissaient et utilisaient l’or et l’argent pour leurs vêtements et objets. Lorsqu’ils ont voulu commencer à extraire l’argent de la montagne, ils ont entendu une forte explosion (« Potoc»). Croyant que la Pachamama (la terre mère) n’était pas d’accord avec ça, ils n’ont jamais continué ni exploité la montagne, qui a, dans cette histoire, gagné son nom : Potosi.

L’intérêt de la montagne a été redécouvert en 1544 par un Indien Diego qui cherchait son lama sur la montagne et qui a reconnu de l’argent à fleur de montagne. Pendant un an, il va exploiter cet argent avec un ami à lui sans en parler aux Espagnols. En 1545, les Espagnols sont mis au courant suite à une dispute entre les 2 amis et commencent l’exploitation. Pendant 10 ans, ils n’ont pas besoin de creuser car l’argent est à fleur de montagne.

Les Espagnols ne sont jamais allés sous terre. Ils « emploient» les Indiens qui sont rémunérés mais travaillent dans des conditions très dures pour un salaire ridicule. Ils ramènent aussi des esclaves d’Afrique. Mais tous les noirs qui travaillent à la mine y meurent, vu l’altitude et les conditions de travail. [Il n’y a plus de noirs à Potosi, ceux qui restaient sont partis vers les Yungas dès qu’ils ont pu]

Les locaux, qui en ont marre, finissent par rester 10-15 jours dans la montagne afin d’éviter le travail dur et sachant pertinemment que les Espagnols ne s’aventureront jamais là-dedans. Les revenus de la mine baissent et les Espagnols, pour leur faire reprendre le travail, inventent un « dieu de la montagne» qui va devenir méchant ne travaillent pas. C’est un dieu qui a une gueule de diable rouge, l’air méchant. Les Boliviens y ont cru. Gros coup de bol pour les Espagnols, aidés par le fait que, même si les locaux étaient devenus catholiques, il leur restait une divinité de la terre qui pouvait être soit gentille, soit méchante. Depuis lors, ils honorent ce dieu tous les 1er et derniers vendredi du mois. La lettre « d» n’existant pas en quechua, les locaux l’ont appelé « Tio» (ce qui signifie « oncle» en espagnol). De nombreuses statues se dressent dans les galeries et chaque coopérative a sa propre statue pour la cérémonie.

Au 17° siècle, Potosi était la ville la plus haute, la plus importante et la plus riche du monde; aujourd’hui il ne lui reste que le premier titre.
Les historiens disent qu’avec l’exploitation de la montagne, on aurait pu construire 2 ponts de Bolivie jusqu’en Espagne : un en argent et un avec les os de ceux qui sont morts dans la mine (8 000 000 de victimes).

2 commentaires sur le post “Les mines de Potosi

  1. Nathan le a dit:

    Excellent.

    Enfin sous terre… Bon c’est de l’artificiel mais sous terre quand même…

    PS : N’oubliez pas de me ramener un gros bloc de minerais pour ma vitrine… :-)))

  2. Thomas le a dit:

    Ouais enfin sous terre. Et je peut dire que la spéléo à 4500 m d’altitude, ben c’est plus fatiguant que sur l’Hortus 😉

    Pour le bloc de minerais c’est un peu tard, et bon, on a déjà des sacs assez lourds !

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